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dimanche 16 février 2014

Combat de Flûtes, premier round


Voici le compte-rendu d'une expérimentation pédagogique que nous avons réalisée à Arte Musici durant les  cours de solfège, la semaine avant les vacances de Noël .

Vous le savez sûrement, le projet de l'école cette année, c'est Mozart. Dans cette perspective, nous avons décidé, avec l'ensemble des professeurs concernés, de faire de La Flûte Enchantée le fil conducteur des cours de solfège et de l'Atelier Musical.

Les enfants de l'Atelier Musical ont entre 5 et 7 ans.
Ceux des cours de solfège (première à troisième année) ont entre 7 et 11 ans.

Nous avons proposé aux élèves une écoute comparée, ou plutôt un "visionnage" comparé de 3 versions de l'opéra en DVD.
Les versions choisies sont:
1. Les Marionnettes de Salzbourg (1994) Direction Ferenc Friscay avec: Ernst Haefliger (TAMINO), Dietrich Fischer-Dieskau (Papageno), Rita Streich (la Reine de la Nuit).


2. Glyndebourne (1978) Direction Bernard Haitink avec: Leo Gocke (TAMINO), Benjamin Luxon (Papageno), May Sandoz (la Reine de la Nuit) avec les décor de David Hockney


 3. Royal Opera House (2003) Direction David McVicar avec: Will Hartmann (TAMINO), Simon Keenlyside (Papageno), Dania Damrau (la Reine de la Nuit)


La version 1 pour son côté féerique qui nous paraissait proche de l'univers des enfants, soutenu par un interprétation musicale et vocale tout aussi féerique.
La version 2 pour les décors de David Hockney et la fraicheur de l'interprétation.
La version 3, la plus moderne que cela soit dans le jeu des chanteurs et dans la scénographie, pour la direction de Colin Davis et la présence de Dania Damrau

Nous avions sélectionné 3 extraits d'une à deux minutes dans l'acte 1, à savoir:
. N° 1 Introduction « Zu Hülfe! Zu Hülfe! » (Tamino, le Serpent et l'entrée des Trois dames)
· N° 2 Aria « Der Vogelfänger bin ich ja » (chanson de Papageno, 3ème couplet)
· N° 3 Aria « Dies Bildniss ist bezaubernd schön » (Air de Tamino les 32 premières mesures)
· N° 4 Aria « O zittre nicht, mein lieber Sohn! » (Reine de la nuit) soit: l'entrée de la Reine de la Nuit puis le Larghetto de l'Aria.



1 L'introduction « Zu Hülfe! Zu Hülfe! »

C'est la première scène, elle donne dès le départ l'ambiance de l'opéra.
Après avoir lu les instructions du livret de Mozart, nous avons donc demandé aux élèves d'apprécier le décor; de juger du serpent; de donner leur avis à propos de l'allure, du costume, du jeu et de la voix de Tamino ainsi que de l'apparition des 3 Dames.
  • Le décor
La première version, malgré son caractère irréel et fantasmagorique, n'a pas séduit. L'ambiance de la  troisième a été trouvé trop sombre avec trop de fumée, cela ne ressemblant pas a un décor.
Par contre, dans la deuxième, les création de David Hockney, ont fait quasiment l'unanimité. C'est un vrai décor qui s'assume comme tel avec son côté carton-pâte, ses dessin stylisés et ses jolies couleurs, et qui respecte plutôt bien les indications du livret. (Les dessins préparatoires de David Hocney)

  •  L'entrée de Tamino poursuivi par le serpent.
Dans la première version, Tamino (Ernst Haefliger) a un joli costume, mais l'absence d'expression du visage de la marionnette le rend, aux yeux des élèves, peu crédible (face à l'image, les enfants n'entendent plus la voix d'un Tamino , pourtant excellent, qu'ils ont apprécié à l'écoute car c'est la version audio qui nous sert de support en cours).
Le Tamino de la 3ème version (Leo Gocke ) avec son grand manteau gris a fait l'unanimité contre lui: il n'est pas beau, ce n'est pas un prince ! Reste le 2ème, le préféré dans cette confrontation. Les élèves apprécient son implication, son costume, son jeu, sa voix, sa tête, même s'ils émettent quelques réserves lors des gros plans…… Par la mise en scène et par son interprétation, il est celui qui traduit le mieux l'affolement et la peur de Tamino.
Pour le serpent, le préféré c'est celui de la 3ème version. C'est le plus impressionnant. Dans la 1ére, il est très joli et celui de la  deuxième est très rigolo et il crache de la fumée. Mais en général, ils trouvent que ces serpent ne font pas vraiment peur.
  • Les 3 Dames
Les avis sont plus nuancés. Ces sont des personnages qui n'ont pas la même charge dramatique que Tamino. Les élèves ont tendance à préférer celles de la troisième version.



2 Aria « Der Vogelfänger bin ich ja »

Sans contestation, la palme revient à Benjamin Luxon dans la version 2.
Ça, c'est un vrai Papageno, simple, drôle, sympathique, avec une belle voix et qui joue très bien.
Le Papageno de Dietrich Fischer-Dieskau pâtit d'être représenté par une marionnette, très jolie au demeurant, mais pas convainquante. Quant à Simon Keenlyside, quel clown! La marionnette de poule qui picore des graines et la glissade de Papageno à la fin de l'air, génial. Mais pour la majorité des élèves, Il fait trop le clown et cela ne correspond pas à l'idée qu'ils se sont faite de Papageno.



3 Aria « Dies Bildniss ist bezaubernd schön »

Toujours les même réserves quant à la version 1. Reste les versions 2 et 3.
C'est la deuxième version qui réunit le plus le suffrages. Tamino y est expressif et convainquant, la voix est claire et bien timbrée et on sent bien naître son amour pour Pamina. Le Tamino de la version 3 est desservi par son costume, d'accord, mais  il ne convainc pas non plus par sa voix, très  "chanteur d'opéra" avec des voyelles plus fermées et un timbre plus grave, qui leur semble exprimer moins d'émotion.

4 Aria « O zittre nicht, mein lieber Sohn! »
  • L'apparition de la Reine de la Nuit
Nous avons demandé aux élèves comment ils imaginaient la Reine de la Nuit d'après les dires de Papageno et des 3 Dames. En résumé, elle doit être majestueuse et effrayante. À leurs yeux c'est un peu loupé, en tout cas pour ces 3 versions.
Dans la 1ère version l'entrée en scène  de la Reine est qualifiée de féérique avec un joli décor et une ambiance bien mystérieuse: elle vient du ciel assise sur un croissant de lune.  
Dans la 2ème le procédé  est astucieux et surprenant: le rocher s'ouvre et la Reine apparaît.
Pour la 3ème, dans une sombre ambiance bleutée La Reine arrive en marchant du fond de la scène…. bizarre pour une Reine de la Nuit . La mise en scène de la deuxième version semble celle qui se dégage même si les costumes des 1ére et 3ème prêtent à discussion.
  • Le Larghetto
"J’ai été condamnée à souffrir quand ma fille me fut ravie. Avec elle tout mon bonheur est perdu. Un scélérat me l'a enlevée. Je la vois encore trembler, je vois son agitation apeurée, son anxiété, son effroi. «Ah ! aidez-moi !» fut tout ce qu’elle dit, mais ses plaintes étaient vaines, car j’étais impuissante à l’aider."
Air où s'exprime, tour à tour, la douleur, la colère et le désespoir d'une mère ayant vécu l'enlèvement de sa fille.
Il n' y a pas photo. C'est Dania Damrau. Même si son costume parait bizarre à certains, l'expressivité de la voix et du jeu de la chanteuse fait l'unanimité.
L'interprétation de Rita Streich dans la première version leur paraît trop uniforme, celle de May Sandoz dans la deuxième les laisse indifférents voire désapprobateurs.
Seule Dania Damrau semble épouser par sa voix et son jeu toutes les inflexions du texte et traduire les différents sentiments qu'éprouve la Reine de la Nuit.


En forme de conclusion

La version 2 du festival Glyndebourne avec Leo Gocke (TAMINO), Benjamin Luxon (Papageno), et les décor de David Hockney semble décrocher la palme même si, pour la Reine de la Nuit c'est la version du Royal Opera House avec Dania Damrau qui fait l'unanimité.
La version 1 avec les Marionnettes de Salzbourg est une erreur de casting de notre part car difficile à comparer avec des versions "live". Pourtant, elle à beaucoup de charme, le décor est superbe et les marionnettes proposent des personnage plus jeunes en ce qui concerne Tamino, Papageno, Pamina et Papagena. (
Quelques très belles images des Marionettes de Salzbourg)


Les élèves avaient été préparés à  cette confrontation par l'étude en cours de solfège des partitions de chacun de ces airs (sauf celui de la Reine de la Nuit) et à l'Atelier Musical par une écoute dirigée de la musique, des voix et aussi de la dramaturgie.
Avant chaque visionnage, nous leur avons lu les indications données par le livret, rappelé et expliqué les textes chantés puis nous leur avons demandé ce qu'ils attendaient de la mise en scène, du jeu et de la voix des chanteurs.
Ainsi, les avis et jugements exprimés par les élèves sont dus, aussi bien  à une réaction spontanée aux images projetés, qu'au travail préparatoire effectué en cours.

Cela est manifeste dans le choix de Papageno et de Tamino de la deuxième version et le choix de Dania Damrau dans la 3éme version.

Cependant, ces résultats doivent être relativisés. L'opéra, c'est un voyage. On y est invité par le compositeur, le librettiste, le chef d'orchestre, les chanteurs, le décorateur, le metteur en scène et d'autres encore, et tout ce beau monde s'ingénie à rendre celui-ci inoubliable. Pour chacune des versions présentées ici, les réactions auraient été différentes et sûrement moins critiques si ces représentations avaient  été vues in extenso.

Quelques images:

 Le serpent



Papageno



Tamino



La Reine de la Nuit